« On voudrait aussi pouvoir vendre en ligne, tant qu'à faire. » Je l'entends dans un rendez‑vous sur deux, et c'est une phrase à prendre au sérieux — pas pour dire oui tout de suite, mais pour poser trois questions. Une boutique en ligne n'est pas un site vitrine avec un bouton « acheter » : c'est une activité de plus, avec ses stocks, ses expéditions, ses retours, sa TVA et son service client. Parfois c'est exactement ce qu'il vous faut. Parfois un catalogue, un système de réservation ou un formulaire de devis fait mieux le travail pour trois fois moins cher.
Trois questions avant de décider
Qui achète, et comment ? Si vos clients vous choisissent après un échange (un architecte d'intérieur, un cabinet de conseil, un avocat, un artisan sur devis), la vente se fait en rendez‑vous ; le site doit convaincre de prendre contact, pas encaisser. Si vos clients savent ce qu'ils veulent et comparent des prix (bijoux, livres, produits alimentaires, pièces détachées), ils s'attendent à pouvoir commander à 23 h un dimanche.
Combien de références, et bougent‑elles ? Dix produits stables tiennent dans une page. Deux cents références avec des tailles, des couleurs et des stocks qui varient, c'est une boutique, sinon vous passerez vos soirées à mettre à jour des pages.
Avez‑vous le temps de la faire vivre ? Une boutique reçoit des commandes qu'il faut préparer, expédier, suivre ; des questions auxquelles il faut répondre ; des retours à gérer. Comptez plusieurs heures par semaine dès les premières ventes. Si personne ne peut les prendre, la boutique décevra vos clients plus qu'elle ne les servira.
Ce que coûte vraiment une boutique
À la création, le pack Boutique WooCommerce démarre à 2 000 € HT : la base d'un site vitrine, la boutique paramétrée (paiement sécurisé, modes de livraison, gestion des stocks), dix produits intégrés, CGV et mentions RGPD. Au‑delà, chaque fiche produit coûte 35 € HT (produit simple) ou 45 € HT (produit avec variantes) si je les saisis, ou rien si vous le faites vous‑même après formation.
Mais le vrai coût est dans la durée :
- La maintenance passe de 480 à 840 € HT par an : WooCommerce, le tunnel de commande et les paiements demandent une surveillance que n'exige pas une vitrine. Une mise à jour qui casse la page de paiement un samedi, ça se voit tout de suite dans le chiffre d'affaires (ce que couvre un contrat de maintenance).
- Les commissions de paiement : autour de 1,5 à 2,5 % par transaction chez Stripe, PayPal ou votre banque.
- Les extensions payantes : livraison Colissimo ou Mondial Relay, facturation, avis clients, abonnements… de 50 à 200 € par an chacune.
- La logistique et le service client, que le site ne fait pas à votre place.
- La conformité : CGV solides, droit de rétractation, TVA (y compris à l'étranger si vous vendez hors de France), RGPD et cookies. J'intègre les textes, mais ils doivent venir de vous ou d'un juriste.
Un site vitrine, lui, coûte 1 050 € HT à la création, 480 € HT par an de maintenance, et le temps que vous voulez bien lui consacrer. La différence se compte en milliers d'euros sur trois ans ; le détail poste par poste est dans combien coûte un site WordPress. Elle se justifie si la boutique vend ; elle ne se justifie pas « au cas où ».
Les solutions entre les deux
C'est là que la plupart des projets trouvent leur réponse.
Le catalogue sans panier. WooCommerce en mode catalogue : vos produits présentés avec fiches, filtres et photos, mais sans achat en ligne — un bouton « Demander un devis » ou « Nous appeler » à la place. Idéal pour du matériel professionnel, du sur‑mesure, ou des produits soumis à une réglementation qui interdit la vente libre. Un de mes clients, distributeur de dispositifs médicaux, fonctionne ainsi : catalogue complet, accès réservé aux professionnels de santé, commande par contact.
La réservation en ligne. Pour un hébergement, un restaurant, un thérapeute, un loueur de salles : ce n'est pas une boutique mais un calendrier. Un riad que je maintiens à Marrakech prend ses réservations directement sur son site, avec des disponibilités synchronisées en quasi temps réel avec Airbnb et Booking — moins de commissions, pas de double réservation.
Le devis ou la commande par formulaire. Pour quelques produits ou services à prix variable, un formulaire bien conçu (options, quantités, pièce jointe) suffit et coûte le prix d'une page.
La vente d'une poignée de produits. Un auteur qui vend ses trois livres, une association ses adhésions : WooCommerce reste l'outil, mais le paramétrage est léger et la maintenance vitrine peut suffire si le volume reste faible.
Commencer vitrine, ajouter la boutique plus tard
C'est la trajectoire que je recommande le plus souvent quand le doute subsiste. Un site vitrine bien construit sous WordPress — avec un constructeur qui s'y prête — peut recevoir WooCommerce plus tard sans être refait : on ajoute la boutique comme une aile à une maison, on garde le reste. Vous testez d'abord la demande — par téléphone, par formulaire, sur une place de marché — et vous investissez dans la boutique quand vous savez qu'elle vendra.
L'inverse est plus coûteux : une boutique construite « au cas où » qui ne vend pas, c'est 840 € par an de maintenance pour une fonction qu'on finit par désactiver.
En résumé
Vitrine si la vente se fait en rendez‑vous ou sur devis ; boutique si vos clients veulent commander seuls, en nombre, à toute heure, et si quelqu'un peut expédier ; catalogue, réservation ou formulaire pour tout ce qui est entre les deux. Le devis est gratuit et la question du modèle en fait partie : venez avec vos produits, vos volumes et le temps dont vous disposez, on tranche ensemble.